Pourquoi nous avons choisi de raviver les savoirs d’une culture oubliée (et ce que cela change)
Entre mémoire des plantes, gestes transmis et exigence contemporaine, une voie amazighe, simple et vraie.
Nous venons d'un héritage que beaucoup ont cru silencieux. Dans la mémoire des foyers, azzāl , les plantes tenaient un lieu discret et essentiel : elles soignaient, elles accompagnaient les saisons, elles se rassemblaient. Longtemps, ces savoirs ont circulé par l'oralité, portés par des mères, des tantes, des grand-mères qui savaient quel fliou cueillir après la pluie, quelle chiba infuser lors des soirs d'hiver, comment préparer un thé qui demande du temps et de l'attention. Aujourd'hui, si nous avons choisissons de les raviver, c'est pour redonner à ces gestes leur juste place : ni nostalgie, ni folklore — un usage vivant, précis, transmissible.
Ce que l'industrie a aplati, la culture le nuance
La standardisation a imposé ses codes : sachets uniformes, arômes artificiels, récits interchangeables. Mais une plante n'est jamais neutre : elle a un nom vernaculaire, une saison, une altitude, une communauté. Dire menthe pouliot ( fliou ⴼⵍⵉⵡ ) ou absinthe ( chiba ⵛⵉⴱⴰ ) n'est pas un effet de style : c'est reconnaître un usage précis, des dosages, une mémoire sensorielle. Restaurer ces nuances, c'est refuser l'aseptisation du goût et retrouver une cohérence entre ce que l'on prépare et ce que l'on transmet.
« Ce que m'a appris ma mère, ce n'était pas une recette. C'était un rythme : quand cueillir, quand sécher, quand infuser. »
— Massilia , cueilleuse de montagne
Raviver sans dénaturer
Raviver les savoirs amazighs ne signifie pas les figer. Cela exige une exigence : sélectionner les plantes intégrées, nommer les ingrédients sans artifice, respecter la mesure. C'est aussi choisir un vocabulaire qui honore l'origine — ⵉⵎⴰⵣⵉⵖⵏ (Imazighen), des mots qui portent le vécu des territoires. Chaque infusion devient alors un pont : entre hier et aujourd'hui, entre la maison et celles et ceux qui la font vivre, entre l'usage populaire et l'exigence contemporaine.
Deux interprétations, un même fil
Nos mélanges naissent d'une intention claire : rester fidèles à un esprit. ITRI ( ⵉⵜⵔⵉ ) — l'« étoile » — convoque la fraîcheur juste : gunpowder structurant, nanah et touche de fliou pour la profondeur. AJDIR ( ⴰⵊⴷⵉⵔ ) — la « montagne » — assume une verticalité : thé noir Assam, cannelle, cardamome, girofle, gingembre, filaments de safran — une chaleur précise, sans débordement. Deux voix, un même langage : celui du geste sobre.
Conseils d'infusion
ITRI — Thé à la menthe
2 g / tasse (200 ml) — 80 °C — 5 à 7 min
Fraîcheur nette, finale apaisante. Idéal après repas ou en fin d'après-midi.
AJDIR — Thé noir et épices
2 g / tasse (200 ml) — 95 °C — 4 à 5 min
Chaleur maîtrisée, structure élégante. Parfait pour les veillées d'automne.
Glossaire — mots et plantes
- - Imazighen — peuples amazighs (Afrique du Nord)
- - Itri ⵉⵜⵔⵉ — « étoile »
- - Ajdir ⴰⵊⴷⵉⵔ — « montagne »
- - Fliou ⴼⵍⵉⵡ — menthe pouliot
- - Chiba ⵛⵉⴱⴰ — absinthe
- - Azzāl — foyer, centre de la maison
Rouvrir la porte
Raviver ces savoirs, c'est réapprendre un tempo. Écouter les saisons, respecter les plantes, dire les choses avec précision et douceur. Si chaque tasse peut devenir un lieu — un foyer, azzāl — alors c'est que la transmission a repris son chemin. Et cela change tout : pour la table, pour la mémoire, pour demain.

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